Manuscrit médiéval ouvert montrant des enluminures et de la calligraphie avec des mots en ancien français et en anglais
Publié le 12 mars 2024

L’anglais n’est pas une langue totalement étrangère, mais une langue « cousine » dont vous possédez déjà les clés de compréhension.

  • Près d’un tiers du vocabulaire anglais est français, mais il est surtout concentré dans les registres formels et techniques.
  • Cette dualité (racines germaniques/françaises) crée une structure prévisible, vous permettant de deviner le sens de milliers de mots.

Recommandation : Cessez d’apprendre mot à mot ; apprenez à reconnaître les structures latines que vous maîtrisez déjà en français pour débloquer votre compréhension.

Pour de nombreux francophones, l’apprentissage de l’anglais ressemble à un parcours du combattant. La prononciation semble arbitraire, la grammaire déroutante et le vocabulaire, un océan sans fin. On se sent souvent « nul en langues », frustré par des années d’efforts qui semblent ne mener nulle part. On entend bien, ici et là, que l’anglais a « emprunté » des mots au français, mais cela ressemble plus à une anecdote sympathique qu’à une véritable aide. Savoir que table ou information sont transparents ne semble pas d’un grand secours face à un texte complexe ou une conversation rapide.

Et si cette influence était bien plus qu’une simple collection de mots épars ? Si elle était en réalité la clé de voûte de toute la structure de la langue anglaise ? Imaginez un instant que, en tant que locuteur natif du français, vous possédiez déjà un décodeur intégré pour naviguer entre les différents niveaux de langage en anglais. La réalité, confirmée par les linguistes, est stupéfiante : selon les estimations, l’héritage français et latin constitue une part massive du lexique anglais. L’éminente linguiste Henriette Walter affirme même que plus des deux tiers des mots anglais sont d’origine française. Ce n’est pas un détail, c’est un avantage stratégique fondamental.

Cet article va vous révéler cette architecture cachée. Nous allons déconstruire le mythe de l’anglais comme une langue purement germanique pour vous montrer comment son histoire franco-normande a créé une double structure que vous pouvez exploiter. Vous découvrirez pourquoi l’anglais a souvent deux mots pour une même idée, comment reconnaître instantanément le registre de langue d’un texte et, finalement, comment transformer votre héritage linguistique en un super-pouvoir pour apprendre l’anglais plus vite et plus intelligemment.

Pour bien comprendre comment cet héritage façonne l’anglais d’aujourd’hui, explorons ensemble les différentes facettes de cette connexion historique. Ce guide vous donnera les clés pour transformer votre perspective et votre méthode d’apprentissage.

Anglais international simplifé : est-ce suffisant pour travailler ou faut-il viser l’anglais littéraire ?

La question du « bon » niveau d’anglais à viser est un faux débat pour un francophone. La véritable compétence ne réside pas dans l’opposition entre un anglais « simple » et un anglais « littéraire », mais dans la capacité à naviguer entre les différents registres de langue. Et c’est précisément là que votre héritage français devient un atout majeur. L’anglais moderne fonctionne sur une architecture à deux niveaux : un socle germanique pour la langue du quotidien, et une superstructure latine/française pour le langage formel, académique et technique. Maîtriser l’anglais professionnel, ce n’est donc pas apprendre une nouvelle langue, mais activer la partie latine que vous connaissez déjà.

Pensez-y comme à un « ascenseur social linguistique ». Le vocabulaire de base (get, do, go, big) est principalement d’origine germanique. Il est direct, concret et essentiel pour la communication de tous les jours. Cependant, dès que l’on souhaite exprimer une idée avec plus de précision, de nuance ou d’autorité (acquire, accomplish, proceed, substantial), on bascule quasi systématiquement vers des mots d’origine française ou latine. Pour un anglophone natif, c’est un apprentissage. Pour vous, c’est une reconnaissance.

Le monde professionnel, juridique ou scientifique parle majoritairement « français » sans le savoir. Des termes comme evidence, plaintiff, terminate, ou accomplish ne sont pas des exceptions, mais la norme dans ces contextes. Viser un anglais « littéraire » ou « soutenu » n’est donc pas un effort supplémentaire, mais un retour aux sources. Le tableau suivant illustre parfaitement cette stratification.

Cette analyse comparative des registres de l’anglais montre une corrélation directe entre le niveau de formalité et la proportion de vocabulaire d’origine française, comme le détaille une étude sur l’origine du vocabulaire anglais.

Échelle comparative : registres anglais selon l’origine du vocabulaire
Registre Origine dominante Exemples % mots français/latins
Familier/quotidien Germanique get, do, go, big ~20%
Standard/neutre Mixte work/employ, end/finish ~40%
Formel/académique Français/Latin acquire, accomplish, terminate ~70%
Juridique/administratif Franco-normand attorney, evidence, plaintiff ~85%

Color vs Colour : pourquoi les Américains ont-ils simplifié l’orthographe anglaise au 19ème siècle ?

La divergence entre l’orthographe britannique (colour, centre) et américaine (color, center) est souvent perçue comme une simple excentricité. En réalité, elle est le fruit d’un projet politique et culturel profondément ancré dans l’histoire, et paradoxalement, elle rapproche l’anglais américain de ses racines… françaises. Cette réforme n’est pas le fruit du hasard, mais l’œuvre déterminée d’un homme : Noah Webster.

Dans son dictionnaire monumental de 1828, le lexicographe Noah Webster n’a pas seulement cherché à cataloguer la langue. Il voulait forger une identité linguistique américaine, distincte et fière, pour rompre avec l’influence de l’ancienne puissance coloniale britannique. Son projet était double : démocratique et nationaliste. En simplifiant l’orthographe, il visait à faciliter l’alphabétisation pour la population de la jeune république et à marquer une souveraineté culturelle. Les terminaisons -our et -re, héritées du français via l’anglais britannique, étaient vues comme des marqueurs d’une aristocratie européenne superflue.

Le paradoxe est fascinant. En supprimant le « u » de colour ou en inversant le -re de centre, Webster a, sans le vouloir, rendu ces mots orthographiquement plus proches de leur étymologie latine et de leur forme française moderne (« couleur », « centre »). Ainsi, l’anglais américain, dans sa quête d’indépendance, a effectué un retour inconscient vers les origines continentales de ces termes. Cette volonté de standardisation et de simplification témoigne de la nature pragmatique de la culture américaine, contrastant avec l’approche plus conservatrice de la Grande-Bretagne.

Ce désir de forger une identité propre à travers la langue est un moment clé de l’histoire de l’anglais. L’image ci-dessous évoque l’atmosphère studieuse dans laquelle de telles décisions linguistiques fondamentales ont été prises.

Ancien dictionnaire Webster ouvert sur un pupitre en bois dans une bibliothèque américaine historique

Comme le souligne l’histoire de Noah Webster, le langage n’est jamais neutre. Il est un champ de bataille culturel et politique, où chaque lettre peut porter le poids d’une déclaration d’indépendance, comme le montre l’étude de son projet linguistique.

They/Them au singulier : comment l’anglais s’adapte-t-il plus vite que le français aux questions de genre ?

Le débat sur le langage inclusif agite la francophonie, avec des résistances fortes de la part d’institutions comme l’Académie française. Pendant ce temps, l’anglais semble adopter avec une facilité déconcertante l’usage de « they/them » comme pronom singulier non-genré. Cette différence de flexibilité n’est pas le fruit d’une modernité supérieure, mais d’une différence structurelle fondamentale, dont l’origine remonte, encore une fois, à l’influence du français sur l’anglais.

La clé de cette plasticité réside dans un événement historique : la perte des genres grammaticaux. Le vieil anglais, comme l’allemand moderne, possédait trois genres (masculin, féminin, neutre) qui s’appliquaient aux noms et aux adjectifs. Cependant, le contact intense et prolongé avec le français normand après la conquête de 1066 a profondément bouleversé ce système. Le français avait son propre système à deux genres, et la coexistence des deux a mené à un effondrement progressif de la complexité grammaticale du vieil anglais. Les terminaisons se sont érodées et, avec elles, le genre grammatical des noms a disparu, ne subsistant que dans les pronoms (he, she, it).

Cette simplification radicale, une conséquence directe de la fusion franco-anglaise, a rendu la langue intrinsèquement plus neutre et adaptable. Comme le souligne une analyse linguistique, « L’anglais a perdu ses genres grammaticaux suite à la conquête normande de 1066 et la fusion du français normand avec le vieil anglais, rendant la langue intrinsèquement plus plastique pour adopter des pronoms neutres ». En français, chaque objet a un genre, ce qui rend l’introduction d’un pronom neutre structurellement complexe. En anglais, comme seul l’être animé est genré, l’extension d’un pronom pluriel (« they ») à un usage singulier pour désigner une personne de manière neutre est une modification bien moins disruptive. L’absence d’une autorité centrale prescriptive comme l’Académie française, qui dicte la norme, favorise également une approche descriptive où l’usage fait loi.

Pourquoi l’anglais a-t-il souvent deux mots (un germanique, un latin) pour la même chose ?

L’une des caractéristiques les plus déroutantes mais aussi les plus révélatrices de l’anglais est l’existence de « doublets lexicaux » : des paires de mots, l’un d’origine germanique et l’autre d’origine française/latine, qui désignent une idée similaire mais avec une nuance de registre. C’est le cœur de « l’architecture à deux niveaux » de l’anglais et la preuve la plus tangible de son histoire de conquête et de stratification sociale.

Après 1066, l’Angleterre médiévale est devenue une société bilingue. La paysannerie et les classes populaires continuaient de parler l’anglo-saxon (germanique), tandis que l’aristocratie, le clergé et l’administration parlaient le français normand. Cette fracture sociale et linguistique a laissé une empreinte indélébile sur le vocabulaire. Pour une même réalité, deux mots coexistaient : celui du peuple et celui de l’élite. Avec le temps, ces mots ne se sont pas annulés mais se sont spécialisés. Le mot germanique a conservé une connotation concrète, quotidienne et simple, tandis que le mot français a pris une valeur plus abstraite, formelle ou technique.

L’exemple le plus célèbre est celui de la nourriture. Les paysans anglo-saxons élevaient les animaux, qu’ils appelaient par leurs noms germaniques : cow (vache), pig (cochon), sheep (mouton). Mais une fois cuisinée et servie sur les tables des seigneurs normands, la viande prenait son nom français : beef (bœuf), pork (porc), mutton (mouton). Cette règle dite « du restaurant » est une illustration parfaite de la hiérarchie sociale de l’époque, qui s’est figée dans la langue. Ce phénomène se retrouve dans d’innombrables paires : ask/inquire (demander), buy/purchase (acheter), end/terminate (finir), ou freedom/liberty (liberté).

Pour un francophone, reconnaître ces doublets est une clé de lecture extraordinairement puissante. Elle permet non seulement de comprendre des mots instantanément, mais aussi de saisir immédiatement le niveau de formalité d’un discours.

Ce tableau illustre quelques-uns de ces doublets et leurs différences d’usage, un phénomène bien documenté dans l’histoire de la langue anglaise.

Doublets lexicaux anglais : germanique vs latin/français
Concept Mot germanique Mot latin/français Différence d’usage
Viande/Animal cow, pig, sheep beef, pork, mutton Animal vivant vs viande cuisinée
Demander ask inquire Informel vs formel
Acheter buy purchase Quotidien vs commercial
Terminer end terminate Simple vs technique
Liberté freedom liberty Général vs politique
Royal kingly royal/regal Anglo-saxon vs normand vs latin

Préfixes et suffixes : comment deviner le sens d’un mot anglais complexe grâce à ses racines latines ?

Si les doublets lexicaux sont la manifestation la plus visible de l’influence française, la prévisibilité structurelle qu’elle a insufflée à l’anglais est peut-être l’héritage le plus puissant. Grâce aux milliers de mots techniques, scientifiques et abstraits empruntés au français et au latin, l’anglais a adopté un système de construction de mots par préfixes et suffixes qui est presque identique à celui du français. Pour un francophone, cela signifie que vous n’avez pas besoin d’apprendre des milliers de mots complexes un par un ; vous pouvez les décoder.

Des analyses linguistiques confirment que la plupart des mots anglais se terminant par -ous, -ty, -tion, -ture, ou -ent sont d’origine française. Ces terminaisons, qui transforment un verbe ou un adjectif en nom abstrait, fonctionnent de la même manière dans les deux langues. La curiosité devient curiosity, la nation devient nation, la nature devient nature. Le système est si régulier qu’il en devient prédictible. De même, les préfixes latins comme pre-, post-, re-, dis-, un- (équivalent de in-) sont partagés et fonctionnent comme des briques de Lego pour construire ou déconstruire le sens.

Prenez un mot qui semble intimidant comme « unbelievable ». Un apprenant classique essaierait de le mémoriser. Un francophone, lui, peut le décomposer : un- (non), believe (qui ressemble au vieux français « beliver »), et -able. Le mot devient transparent : « incroyable ». Cette méthode de déconstruction s’applique à une immense partie du vocabulaire académique et formel. Des mots comme prescription (pré-scrip-tion), revolution (ré-volu-tion) ou transportation (trans-porta-tion) ne sont plus des obstacles, mais des énigmes que vous avez déjà résolues. C’est votre avantage injuste sur tous les autres apprenants.

Votre plan d’action : La matrice de déconstruction des mots anglais

  1. Identifiez le préfixe : Isolez la première partie du mot (ex: un-, re-, dis-, pre-, post-) et trouvez son équivalent ou sa fonction en français.
  2. Isolez la racine : Repérez le cœur du mot, souvent d’origine latine ou française (ex: -port-, -scribe-, -solve-, -vis-).
  3. Repérez le suffixe : Identifiez la terminaison (-able, -tion, -ity, -ous) qui est souvent identique ou très proche de sa version française.
  4. Reconstruisez le sens : Assemblez les trois parties comme en français. Exemple : « in-vis-ible » se décompose de la même manière en anglais et en français.
  5. Appliquez aux mots scientifiques : Utilisez cette méthode pour les termes en -logy (biologie/biology), -graphy (géographie/geography) qui partagent les mêmes racines grecques.

West End à Londres : comment choisir une pièce de théâtre accessible aux non-bilingues ?

S’offrir une soirée théâtre dans le célèbre West End de Londres est un rêve pour beaucoup, mais la barrière de la langue peut transformer l’expérience en une épreuve frustrante. Pourtant, armé de votre connaissance de la double structure de l’anglais, vous pouvez choisir une pièce qui sera non seulement compréhensible, mais aussi particulièrement agréable. Le secret est de privilégier les œuvres qui, par leur thème ou leur origine, penchent du côté latin/français de la balance linguistique.

Un excellent point de départ est de se tourner vers les comédies musicales ou les pièces adaptées d’œuvres françaises. Des succès planétaires comme Les Misérables (d’après Victor Hugo) ou The Phantom of the Opera (d’après Gaston Leroux) sont des choix stratégiques. Non seulement vous êtes déjà familier avec l’intrigue et les noms des personnages, ce qui constitue un formidable filet de sécurité pour la compréhension, mais le langage utilisé tend naturellement vers un registre plus soutenu et poétique. Ces productions utilisent un vocabulaire riche en mots d’origine latine, ce qui les rend paradoxalement plus transparentes pour un francophone qu’une comédie moderne truffée d’argot et d’expressions idiomatiques germaniques.

Pour analyser le synopsis d’une pièce avant de réserver, voici quelques astuces :

  • Repérez les mots longs : Un synopsis avec une majorité de mots de trois syllabes ou plus (magnificent, historical, emotional) signale un registre soutenu et donc un vocabulaire plus latin.
  • Identifiez les thèmes : Les drames historiques, les intrigues politiques ou les récits épiques (« epic tale ») emploient un langage formel. À l’inverse, les comédies décrites comme « hilarious romp » ou « side-splitting » utiliseront un anglais plus direct et germanique.
  • Vérifiez l’époque : Les pièces de Shakespeare et de ses contemporains, bien que leur syntaxe soit ancienne, utilisent un vocabulaire à forte proportion française, hérité de la Renaissance.

En somme, au lieu de craindre la complexité, vous devriez la rechercher. Un anglais plus « littéraire » est souvent un anglais plus « français », et donc plus accessible pour vous.

Dickens ou Orwell : quel auteur décrit le mieux les racines des inégalités sociales britanniques actuelles ?

La littérature est un miroir des structures sociales, et la langue en est le reflet le plus précis. En observant le vocabulaire de grands auteurs britanniques comme Charles Dickens et George Orwell, on ne lit pas seulement une histoire ; on déchiffre la fracture linguistique et sociale qui a façonné le Royaume-Uni, une fracture qui trouve ses racines dans la conquête normande.

Charles Dickens est un maître pour dépeindre cette stratification. Dans ses romans, le choix des mots n’est jamais anodin. Il utilise systématiquement un vocabulaire d’origine latine pour décrire la bureaucratie, la justice et les classes aisées, tandis que les classes populaires s’expriment avec la simplicité et la force du vocabulaire germanique. Cette distinction est une mise en scène littéraire de la dualité linguistique historique. L’élite utilise des mots comme authority, government, evidence, pardon – un langage qui semble distant et impersonnel. Le peuple, lui, vit dans le monde concret des mots anglo-saxons. Lire Dickens, c’est donc voir la société de classes britannique s’incarner dans la langue.

Dickens utilise systématiquement un vocabulaire d’origine latine pour la bureaucratie, la justice et les classes aisées (authority, government, evidence, pardon) et un registre germanique pour le peuple, reflétant la fracture linguistique historique post-1066.

– Analyse littéraire, Histoire de la langue anglaise – Wikipédia

George Orwell, dans son roman dystopique 1984, pousse cette réflexion à son paroxysme avec la « Novlangue » (Newspeak). Le projet totalitaire de son roman consiste à appauvrir la pensée en simplifiant radicalement la langue. Comment ? Principalement en éliminant les mots complexes et nuancés, qui sont en grande majorité d’origine latine et française, pour ne garder que des termes germaniques directs et sans ambiguïté. En purgeant la langue de son héritage latin, le régime d’Orwell détruit la capacité de formuler une pensée critique. Cette dystopie révèle, par contraste, l’incroyable richesse démocratique de l’anglais réel, où la coexistence des deux héritages permet d’exprimer chaque nuance de la pensée.

Ce qu’il faut retenir

  • L’anglais possède une structure à deux vitesses : un socle germanique pour le quotidien et une superstructure française/latine pour le formel.
  • En tant que francophone, vous avez un accès privilégié et quasi instantané au vocabulaire soutenu, technique et académique de l’anglais.
  • Maîtriser l’anglais ne consiste pas seulement à mémoriser du vocabulaire, mais à apprendre à naviguer consciemment entre ces deux registres.

Par quel classique de la littérature anglaise commencer quand on n’est pas bilingue ?

Se lancer dans la lecture en version originale est une étape cruciale pour maîtriser une langue. Pour un francophone, le choix de l’auteur n’est pas qu’une question de goût, mais une décision stratégique. Contrairement à l’intuition qui pousserait à choisir des textes « simples », il est souvent plus judicieux de commencer par des auteurs dont le style est riche en vocabulaire latin, car il sera plus transparent pour vous.

Des auteurs de l’époque Régence ou Victorienne comme Jane Austen (Pride and Prejudice) ou Oscar Wilde (The Picture of Dorian Gray) sont d’excellents points de départ. Leur prose élégante et leur description des mœurs de la haute société s’appuient massivement sur un vocabulaire d’origine française et latine. Des mots comme prejudice, elegance, society, conversation, sentiment y abondent, créant un environnement linguistique familier. Leur syntaxe, bien que complexe, est souvent plus proche de la construction de la phrase française que celle d’auteurs plus modernes au style haché et germanique.

Charles Dickens, avec son vocabulaire riche, se situe à un niveau intermédiaire. Ses descriptions de la vie du peuple utilisent un anglais plus direct, mais dès qu’il aborde les institutions, le lexique redevient très latin. William Shakespeare, bien que sa langue soit plus ancienne, est également étonnamment accessible sur le plan lexical, son vocabulaire étant très influencé par le français de la Renaissance. En revanche, des auteurs du XXe siècle au style plus dépouillé, comme Ernest Hemingway, peuvent être paradoxalement plus difficiles car leur vocabulaire est presque exclusivement germanique et idiomatique.

Le choix se résume donc à une stratégie simple : privilégiez les auteurs qui décrivent des mondes où le langage est un marqueur social, car c’est là que l’héritage français s’exprime le plus. Pour un francophone, un roman « compliqué » est souvent un roman plus facile.

Appliquer cette grille de lecture littéraire est l’étape finale pour transformer votre héritage linguistique en un outil de maîtrise.

Alors, la prochaine fois que vous lirez ou écouterez de l’anglais, ne vous focalisez plus sur ce que vous ignorez. Tendez l’oreille pour repérer ces échos familiers, décodez les mots complexes grâce à vos racines latines, et commencez à utiliser consciemment cette clé de lecture unique que vous êtes le seul à posséder pour naviguer avec aisance entre les registres de la langue.

Questions fréquentes sur l’influence du français en anglais

Depuis quand ‘they’ est-il utilisé au singulier en anglais ?

L’usage remonte au XIVe siècle et apparaît même dans les œuvres de Shakespeare, ce n’est donc pas une invention moderne mais la résurgence d’un usage ancien.

Pourquoi l’anglais accepte-t-il plus facilement les changements linguistiques ?

L’absence d’autorité linguistique centrale équivalente à l’Académie française permet une approche descriptive où les dictionnaires enregistrent l’usage plutôt que de le prescrire.

La perte des genres grammaticaux est-elle unique à l’anglais ?

Non, mais parmi les langues européennes majeures, l’anglais est celle qui a le plus complètement abandonné le système de genres, facilitant les adaptations pronominales.

Rédigé par Markus LeGall, Coach linguistique certifié TEFL et formateur en anglais professionnel. 12 ans d'expérience en pédagogie immersive et préparation aux examens internationaux.